Cinéma sénégalais : Quand la réflexion devient action

Une première journée nationale de dialogue initiée par MobiCiné et le FOPICA pour repenser l’économie réelle du 7ᵉ art sénégalais

Le 7ᵉ art sénégalais, héritier d’une tradition intellectuelle et artistique forgée par des pionniers comme Ousmane Sembène, Djibril Diop Mambéty et Safi Faye, vit aujourd’hui un tournant historique. Si les œuvres de ces figures emblématiques ont porté haut le flambeau du cinéma africain sur la scène internationale, la réalité économique du secteur au Sénégal reste fragile. En dépit d’une créativité foisonnante, l’industrie peine à se structurer, à rentabiliser ses productions et à garantir une chaîne de valeur pérenne.
C’est dans ce contexte qu’a eu lieu, ce Mardi , la première édition de la Journée de réflexion et de dialogue autour de l’économie réelle du cinéma sénégalais, organisée par MobiCiné Sénégal en partenariat avec le Fonds de Promotion de l’Industrie Cinématographique et Audiovisuelle (FOPICA). Cette rencontre inédite, tenue en marge d’une tournée nationale de distribution et d’exploitation de films sénégalais, a réuni autour d’une même table des cinéastes, des producteurs, des distributeurs, des institutionnels, des opérateurs privés et des partenaires stratégiques. L’objectif était clair : penser le cinéma sénégalais comme une véritable industrie, créatrice d’emplois, génératrice de revenus et porteuse d’un imaginaire collectif, au-delà de la seule dimension artistique. Dans son allocution d’ouverture, Ousseynou Thiam, directeur général de MobiCiné Sénégal, a rappelé l’importance de cette journée : « Le cinéma n’est pas seulement une affaire de passion. C’est aussi une affaire de chiffres, de structures et de perspectives économiques. Nous avons voulu initier cette journée de réflexion pour qu’ensemble, nous mettions sur la table les vraies questions : comment produire, comment distribuer, comment rentabiliser et comment assurer la durabilité de nos œuvres ». Des panels riches et diversifiés La journée a été structurée autour de plusieurs panels thématiques qui ont permis d’aborder l’ensemble des maillons de la chaîne cinématographique. Tout au long de la journée, un constat s’est imposé : le cinéma sénégalais souffre d’un déficit structurel majeur.Le modèle économique actuel repose encore trop largement sur les financements publics, principalement ceux du FOPICA. La rentabilité des films reste faible, faute de circuits de distribution solides.Le piratage numérique continue de fragiliser les revenus des producteurs. La formation technique et managériale des acteurs du secteur reste insuffisante. Pourtant, les opportunités existent. Le Sénégal dispose d’un vivier de talents reconnu au niveau continental, d’un public jeune avide de contenus et d’une diaspora attachée à ses productions culturelles. La première édition de cette journée de réflexion et de dialogue a été saluée comme une initiative majeure. Elle marque une étape importante dans la volonté de structurer le cinéma sénégalais autour d’une vision économique solide.Moussa Sene Absa une figure emblématique du cinéma sénégalais et africain à pris part à cette journée et apporter son savoir autour des questions qui entoure le cinéma : « J’ai toujours voulu faire des films pour mon peuple. J’ai toujours voulu raconter les histoires des femmes et des hommes qui m’ont touché. Mais, où est le récit qui va suivre la chaîne jusqu’au public ? Et comment régler ce problème d’une manière définitive ? Je pense que la première chose, pour moi, c’est une question d’éducation. Les autorités sénégalaises m’ont demandé de présider un comité scientifique sur la relance du cinéma. Avec la FOPICA et des experts nous sommes en train de faire un travail remarquable qu’on va bientôt finir et proposer à tout le monde dans des assises où tout le monde sera invité pour parler de notre métier. Il y a des instruments pour la distribution. Et je pense que c’est le moment de nous rassembler, de parler d’une seule voix, de réfléchir ensemble et d’essayer d’apporter des solutions à nos problèmes qui ne sont pas des problèmes spécifiques simplement au cinéma sénégalais. Beaucoup de pays africains traversent les mêmes problèmes ». À travers cette journée, MobiCiné Sénégal et le FOPICA ont rappelé que l’avenir du cinéma sénégalais ne dépend pas uniquement des créateurs, mais aussi de la capacité collective à bâtir une économie viable. Le cinéma est à la fois un art, une industrie et un levier de développement culturel et économique. Les débats, parfois vifs, parfois consensuels, ont montré que les acteurs du secteur sont conscients des défis, mais aussi porteurs d’une vision claire : celle d’un cinéma sénégalais capable de se financer, de se distribuer et de s’imposer sur le marché local, régional et international. La route est encore longue, mais une chose est sûre : cette journée de réflexion a planté les premières graines d’une renaissance industrielle du 7ᵉ art sénégalais.

Fatou Ba

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