La Fabrique des mots : L’Institut français de Dakar inaugure le premier incubateur littéraire d’Afrique pour révéler les nouvelles voix du Sénégal

Un espace novateur pour professionnaliser les jeunes auteurs et insuffler une nouvelle dynamique à la création littéraire sénégalaise.

À l’Institut français du Sénégal, niché au cœur de la capitale, l’effervescence était palpable dans la salle comble, les visages familiers de la littérature nationale se mêlaient à ceux des jeunes plumes avides de reconnaissance. l’institution a procédé à l’inauguration officielle de « La Fabrique des mots », un incubateur littéraire inédit sur le continent africain.

Une première en Afrique, un projet-pilote, mais surtout une promesse : celle de révéler les auteurs de demain, d’accompagner leurs rêves et d’enraciner l’écriture comme un levier de transformation sociale. Le Sénégal, terre de poètes et de conteurs, a vu naître de grandes figures de la littérature africaine francophone : Cheikh Hamidou Kane, Mariama Bâ, Aminata Sow Fall ou encore Boubacar Boris Diop. Pourtant, depuis plusieurs années, la jeune génération d’auteurs peine à s’inscrire durablement dans le paysage éditorial, faute de structures d’accompagnement et de débouchés concrets. C’est pour répondre à ce vide que La Fabrique des mots a été pensée. Sous l’impulsion conjointe de la Direction du Livre et de l’Institut français de Dakar, cette nouvelle structure se donne pour mission de professionnaliser les jeunes écrivains et de leur offrir un cadre où la créativité rencontre la rigueur éditoriale. La responsable de la bibliothèque de l’Institut, Nogaye Diop, en a été l’une des principales architectes. Son ambition : bâtir un écosystème littéraire « frais », ouvert, connecté et capable d’accompagner les mutations sociales, culturelles et numériques qui redéfinissent aujourd’hui les pratiques d’écriture. L’expression même de « Fabrique » traduit l’esprit de ce projet : celui d’un lieu de gestation et de transformation, où les idées prennent forme et se concrétisent. Contrairement aux résidences d’écriture classiques, cet incubateur s’appuie sur un modèle proche de celui des startups, avec un programme intensif de douze mois. Les lauréats, sélectionnés sur dossier et entretien, bénéficient d’un accompagnement sur mesure articulé autour de quatre axes principaux : Ateliers d’écriture ciblés et intensifs, axés sur la narration, la structure et le style ; Mentorat personnalisé assuré par des éditeurs, écrivains et correcteurs professionnels ; Masterclass thématiques animées par des figures reconnues de la littérature sénégalaise et internationale ; Immersion dans le monde de l’édition, incluant des rencontres avec des maisons d’édition, des agents littéraires et des plateformes numériques. « Le but est de combler le fossé entre le talent brut et la rigueur professionnelle de l’édition », a expliqué Laurent Vigué, directeur de l’Institut français de Dakar, lors de son discours d’ouverture. Pour lui, La Fabrique des mots est un maillon essentiel dans la revalorisation de la lecture et de l’écriture dans la société sénégalaise. Pour cette première édition, seize jeunes auteurs ont été retenus. Tous bénéficieront d’une phase test de trois mois, avant d’intégrer pleinement le programme d’incubation annuel. Cette étape permettra d’évaluer leurs capacités d’adaptation, leur discipline d’écriture et la cohérence de leurs projets littéraires. Les profils sont variés . La Fabrique des mots se distingue par son approche hybride : à mi-chemin entre la formation académique, la résidence artistique et l’incubation entrepreneuriale. Chaque participant sera invité à concevoir un projet d’œuvre complète – roman, recueil de nouvelles, pièce de théâtre ou essai – sous la supervision d’un comité de pilotage composé d’auteurs, d’éditeurs, de correcteurs et de graphistes. L’inauguration de La Fabrique des mots marque plus qu’un simple lancement institutionnel. Elle symbolise un tournant dans la politique culturelle sénégalaise, une volonté de mettre la création littéraire au cœur du développement intellectuel et éducatif du pays. Dans un contexte où la jeunesse cherche à s’exprimer, à raconter le réel et à inventer de nouvelles formes de narration, cet incubateur représente un outil stratégique de formation, d’expression et de rayonnement.

Fatou Ba

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