Du 10 au 21 novembre 2025, la COP30 se tiendra à Belém, au Brésil, au cœur de l’Amazonie. Un lieu hautement symbolique : forêts immenses, écosystèmes à l’agonie, promesse d’un véritable tournant pour la conservation planétaire. Mais derrière cette vitrine soigneusement orchestrée se dessine une réalité bien plus âpre.
À l’aune des engagements pris depuis l’Accord de Paris et des sommets africains pour le climat, le constat est accablant : beaucoup de chiffres, peu d’actions concrètes.
Le grand écart entre engagements et mobilisation réelleDepuis l’Accord de Paris, les objectifs de financement climat affichaient des ambitions de façade : on évoquait un plancher de 100 milliards de dollars annuels pour la finance climat mondiale. Pourtant, ces montants demeurent mal suivis, largement insignifiant, et leur traçabilité reste opaque.Lors du premier Sommet africain pour le climat (Africa Climate Summit, Nairobi, septembre 2023), les annonces d’engagements ont atteint près de 36 milliards de dollars, selon la Banque africaine de développement. Des chiffres impressionnants sur le papier. Mais dans les faits, les montants réellement mobilisés et mis à disposition demeurent nébuleux, systématiquement inférieurs aux objectifs affichés.
Le fossé est vertigineux : alors que les besoins d’adaptation de l’Afrique sont chiffrés à plusieurs centaines de milliards de dollars par an, ce qui est effectivement déboursé ne représente qu’une fraction dérisoire. Un écart qui n’est plus seulement préoccupant, il est mortel.La dimension humaine : vulnérabilité, déplacement, exodeAu-delà des données financières se déploie une crise humaine d’une ampleur sans précédent.
Selon la Banque mondiale, jusqu’à 86 millions d’Africains pourraient être déplacés à l’intérieur de leurs propres frontières d’ici 2050 sous l’effet du dérèglement climatique. À l’échelle mondiale, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) dénombre 250 millions de personnes déplacées par des catastrophes climatiques au cours de la dernière décennie.Ces chiffres vertigineux dessinent les contours d’une tragédie annoncée : sécheresses à répétition, inondations dévastatrices, disparition progressive des terres agricoles, insécurité alimentaire chronique. L’Afrique, continent le moins émetteur de gaz à effet de serre, paie le prix le plus lourd d’une crise qu’elle n’a pas créée.COP30 : dernière chance ou nouvelle désillusion ?À ce moment ou le monde est réuni à la COP30, la question est brutale dans sa simplicité : ce sommet sera-t-il enfin à la hauteur des aspirations des plus vulnérables ?
Le risque est patent : que les milliards promis restent encore une fois des chiffres abstraits, déconnectés de toute réalité opérationnelle, pendant que les populations les plus exposées continuent de sombrer, privées de terres, de soutien, d’avenir.Le paradoxe est cruel : ces grandes messes climatiques génèrent elles-mêmes une empreinte carbone considérable, déplacements internationaux massifs, infrastructures éphémères, fonds mobilisés mais rarement appliqués. Une interrogation légitime s’impose : qui profite réellement de ces négociations à répétition ? Et surtout, qui en paie le prix fort ?L’Afrique ne se contente plus de promesses creuses.
Le continent exige désormais un changement radical de paradigme : justice climatique effective, financement réel et traçable, résultats mesurables et immédiats. Il est temps de quitter les promesses et d’agir !
President du YAAC – Youth Alliance for Agroecology and Climat, Alexandre ZOUMMAN,













