« Deux Films pour Raviver la Mémoire

« Deux Films pour Raviver la Mémoire »

Ousmane William Mbaye dévoile “Ndar Saga Walo” et “Président Mamadou Dia” lors d’un café-presse au cœur du mois du documentaire

Deux films, deux époques, deux récits essentiels pour comprendre le Sénégal dans sa profondeur historique et politique. Bientôt projetés au cinéma Pathé Dakar dans le cadre du Mois du Documentaire, ces films réalisés par le réalisateur sénégalais Ousmane William Mbaye et montés par Laurence Attali, s’annoncent comme des rendez-vous incontournables pour les passionnés d’histoire, d’images et de mémoire.

Pour Ousmane William Mbaye, le choix du mois de novembre n’est pas anodin. « Depuis des années, Dakar a toujours vu naître en novembre des projections dédiées aux documentaires », rappelle-t-il. L’occasion était donc idéale pour présenter ces deux nouvelles créations, qui seront à l’affiche du cinéma Pathé du 21 au 27 novembre. Le réalisateur défend avec conviction la place du documentaire dans les salles : un genre souvent relégué à la télévision, mais qui, selon lui, mérite d’être célébré sur grand écran. L’effervescence autour du cinéma sénégalais , notamment grâce au succès massif d’Une si longue lettre et à l’arrivée de films attendus comme La mémoire du manguier , prouve, selon lui, que le public est prêt pour des œuvres ambitieuses et ancrées dans la réalité du pays. « Ndar Saga Walo » : raconter quatre siècles d’histoire de Saint-Louis Le premier documentaire présenté, Ndar Saga Walo, est décrit comme un voyage dans le temps, une traversée de plus de quatre siècles d’histoire de Saint-Louis du Sénégal.
Pour Mbaye, ce film répond à un besoin fondamental : éclairer des pans entiers de l’histoire sénégalaise encore méconnus ou peu racontés. Saint-Louis, rappelle-t-il, fut « la porte d’entrée de la colonisation », un « laboratoire » où furent expérimentés l’éducation, le commerce et le métissage dès le XVIIe siècle. Ce travail, mûri depuis plus d’un an et demi, s’attache à reconstruire la mémoire de la ville à travers archives, récits, images et témoignages. Parmi les sources utilisées, on retrouve des archives de l’INA et des collections personnelles offertes par Jean-Jacques Banca, figure saint-louisienne ayant longtemps documenté la vieille ville. Mais l’accès aux archives reste un véritable défi. Le réalisateur rappelle avec insistance qu’au Sénégal, la question des archives demeure sensible : rareté, coût, absence de structures et difficultés d’accès. Il appelle à une « réflexion nationale urgente » sur la réouverture d’une cinémathèque digne de ce nom, et même à penser la restitution des archives en parallèle de celle des objets culturels. « Président Mamadou Dia » : revisiter une page décisive du 17 décembre 1962 Le second documentaire, Président Mamadou Dia, plonge le spectateur dans l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire politique sénégalaise : la crise institutionnelle de décembre 1962 entre Mamadou Dia, alors Président du Conseil, et Léopold Sédar Senghor, Président de la République. Le projet a une dimension intime pour Mbaye, dont l’oncle, Joseph Mbaye, fut emprisonné aux côtés de Mamadou Dia. Cette implication familiale a permis l’accès à des archives personnelles exceptionnelles, complétées par les fonds de l’INA dans le cadre d’une coproduction franco-sénégalaise. Le film sera projeté à partir du 10 décembre, date choisie en écho au 17 décembre 1962. La séance du mercredi 17 décembre s’annonce particulièrement forte : l’équipe du film sera présente pour un échange approfondi avec les étudiants. Au-delà de la diffusion des films, Ousmane William Mbaye a annoncé une initiative ambitieuse : une collaboration avec des universités et écoles de cinéma pour instaurer un ciné-club mensuel au Pathé Dakar. Chaque documentaire sera étudié pendant quatre semaines par les étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop, de l’Université Virtuelle du Sénégal et d’autres établissements. À l’issue de chaque projection, les étudiants devront produire un rapport académique, tandis qu’une séance spéciale sera systématiquement consacrée à des échanges avec les réalisateurs. L’objectif est clair : transmettre l’amour du cinéma et du documentaire, encourager les jeunes à devenir cinéastes, et raviver l’habitude d’aller en salle. Pour Laurence Attali , « un film se regarde sur grand écran. Travailler des années pour que l’œuvre soit ensuite visionnée sur un téléphone, c’est un gâchis ». Son souhait est de rééduquer le public, l’habituer à la salle obscure, et redonner vie à une fréquentation qui reste fragile malgré les succès récents. À travers ces deux films et les projets pédagogiques qu’il porte, Ousmane William Mbaye défend une vision claire : faire émerger un cinéma sénégalais et africain puissant, respecté, et capable de rivaliser sur la scène internationale. Son message est autant artistique que éducatif : créer, transmettre, préserver la mémoire, encourager les vocations et donner aux jeunes l’envie de faire des films. Avec Ndar Saga Walo et Président Mamadou Dia, il offre au public deux œuvres nécessaires, deux fragments essentiels de l’histoire sénégalaise, deux portes ouvertes vers une mémoire collective en construction. La projection de ces documentaires, dans un pays où le cinéma connaît une nouvelle dynamique, pourrait bien marquer un tournant : celui du retour durable du documentaire sur grand écran.

Fatou Ba

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