La vie politique sénégalaise offre parfois des scènes qui ressemblent davantage à un échiquier qu’à une arène. Ce qui se joue aujourd’hui entre le Pastef, le Premier ministre, et la coalition “Diomaye Président” dépasse sans doute les querelles apparentes ou les frictions individuelles. Et si la division observée en surface n’était qu’un mécanisme volontaire, froidement pensé, pour clarifier — voire assainir — le paysage politique qui gravite autour du pouvoir ?
Depuis plusieurs semaines, des voix s’élèvent, inquiètes, critiques ou médusées, face à ce qui semble être une rupture entre Ousmane Sonko et certains alliés issus des partis et mouvements venus s’agréger à la coalition présidentielle. Mais une lecture plus fine révèle un scénario autrement plus subtil : le leader du Pastef pourrait bien être en train de tester la cohérence idéologique de ses partenaires, en les mettant face à un choix simple mais implacable.
Car enfin, que révèle une coalition qui n’existe que pour une présidentielle, sinon des alliances de circonstances et des compagnonnages basés, parfois, sur des calculs plutôt que sur des convictions ? Si certains mouvements venaient à abandonner le Pastef pour se rapprocher du Président, cela suffirait à démontrer qu’ils n’étaient pas en phase avec la vision originelle, mais bien en quête de refuge, d’avantages ou d’opportunités.
La rupture, si elle se confirme, pourrait alors être moins une erreur de stratégie qu’un outil de filtrage.
Un tri politique, certes brutal dans la forme, mais redoutablement efficace dans le fond.
Et si Ousmane Sonko jouait volontairement le rôle du “diviseur” pour mieux reconstituer un noyau politique dur — épuré, homogène et idéologiquement aligné ? Cette posture apparente de mise à distance du pouvoir peut apparaître incompréhensible, mais elle pourrait répondre à un objectif clair : éloigner de lui ceux qui ne sont là que pour la lumière du pouvoir, et conserver autour de lui ceux qui en portent réellement le projet.
Il y a aussi ce timing. Un détail que beaucoup sous-estiment.
Du 8 au 28 novembre : vingt jours de décantation. Vingt jours pour observer, mesurer, laisser tomber les masques et les étiquettes inutiles. Et puis, le 28 novembre qui s’approche, mystérieux, presque chargé de promesses. Une date qui pourrait bien être celle d’une recomposition, d’une redistribution des cartes, orchestrée par celui que certains décrivent désormais comme le “maître du jeu”.
À ce rythme, ceux que l’on appelle dans les coulisses les “alliés conjoncturels” — Mimi et ses pairs — pourraient être éliminés non pas dans le fracas, mais dans le silence. Politiquement. Stratégiquement. Naturellement.
Wait and see.
Le Sénégal n’est pas seulement en train de vivre une séquence politique intense ; il assiste peut-être à l’une des plus importantes reconfigurations internes d’un mouvement arrivé au pouvoir. Une reconfiguration méthodique, presque chirurgicale, menée dans l’ombre, mais assumée dans ses conséquences.
La question demeure : observe-t-on une crise… ou une stratégie ?
La réponse, peut-être, arrivera le 28 novembre.
Par Birame Ndaw













