« Chemins d’avenir » : Quand la jeunesse ouest-africaine prend la parole pour penser la paix, l’intégration et son futur

« Chemins d’avenir » : Quand la jeunesse ouest-africaine prend la parole pour penser la paix, l’intégration et son futur

Une rencontre historique au Grand Théâtre national de Dakar entre institutions régionales et jeunesse, pour repenser l’avenir d’une Afrique de l’Ouest en transition.

Le Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose vibrait au rythme d’un souffle nouveau : celui d’une jeunesse décidée à parler, à se faire entendre, à comprendre et à co-construire son propre avenir. À l’occasion du dialogue de haut niveau placé sous le thème « Chemins d’avenir avec les jeunes pour le développement, la paix et l’intégration », l’UEMOA et la CEDEAO ont réuni une mosaïque exceptionnelle : jeunes leaders, étudiants et entrepreneurs culturels,

Monsieur Bakary Sarr, secrétaire d’état à la culture, M. Mamadu Serifo Jaquite, Commissaire chargé du Département du Développement Humain de l’UEMOA,
Pr. Fatou SOW SARR, Commissaire en charge du Département du développement humain et des affaires sociales de la CEDEAO. Dans un contexte ouest-africain marqué par des transitions politiques, des tensions sécuritaires, des défis économiques croissants et une soif d’avenir partagée, ce dialogue prend des allures d’urgence, mais également d’espoir. Dans une région où plus de 60% de la population est âgée de moins de 25 ans, la jeunesse représente à la fois la force motrice et la principale vulnérabilité des États. Chômage, insécurité, migration irrégulière, exclusion politique, manque d’opportunités économiques : les défis sont multiples, lourds, parfois paralysants. Pourtant, l’atmosphère dans la salle raconte une autre réalité : celle d’une jeunesse lucide, ambitieuse, créative, en quête d’espace, de responsabilité et de reconnaissance. Les objectifs de cette rencontre étaient clairs : écouter directement les aspirations et préoccupations des jeunes ; échanger sur les enjeux du développement, de la paix et de l’intégration régionale ; favoriser un dialogue franc entre institutions et jeunesse ; esquisser ensemble des pistes de solutions concrètes. Loin d’une simple cérémonie protocolaire, ce rendez-vous s’est transformé en un véritable laboratoire de réflexion collective. la Professeure Fatou SOW SARR prend la parole
« Nous venons de faire depuis deux ans les assises de la jeunesse dans différents pays et les assises régionales qui se sont tenues à Dakar au mois de juillet, la première semaine du mois de juillet 2025. Ce qui ressort des discussions ou en tout cas des échanges qu’on a eus avec les jeunes, les problèmes sont extrêmement importants bien sûr, mais comme vous l’avez vu dans la salle, il y a l’angoisse de l’insertion sociale et professionnelle.
Donc la question est économique, elle est bien sûr là, mais les gens ont pris conscience aussi d’une question de construction identitaire qui est importante. Si nous devons aller vers la CEDEAO des peuples, c’est la vision de la CEDEAO, il nous faut construire cette CEDEAO des peuples et là, la conférence qu’on a eue avec le professeur Mamadou Fall, nous édifie largement pour dire que la culture peut être un élément qui nous permettra d’arriver d’abord à cette construction d’une appartenance commune. Parce que sans cette identité commune, d’un espace que nous devons défendre, sur lequel nous devons vivre et qui est notre projet de vie, il n’y aura pas à notre avis aucun travail de construction. Parce que si nous devons travailler sur des questions économiques, qui sont des questions importantes, nous avons senti aussi dans la salle aujourd’hui l’angoisse des jeunes par rapport à leur avenir. Leur avenir lié aux offres de formation qu’on leur fait, qui ne sont pas en agrégation sur le marché de l’emploi. Nous savons désormais que l’Afrique va être l’avenir du monde, tout le monde le dit, mais il faudrait que cet avenir soit pour nous Africains, pour la jeunesse Africaine. On a découvert énormément de richesses, nous avons notre pétrole, le gaz, le manganèse, la bauxite, tout ce que vous voulez, l’uranium, mais qui va les exploiter ? Ce sont les expériences ailleurs, les professionnels d’autres pays, d’autres continents qui viendront faire le travail à notre place. Raison pour laquelle il y a une urgence de revoir notre modèle éducatif, qui répondait à une logique de la colonisation, qui voulait former des auxiliaires de l’administration. Ce qui a fait qu’on a eu beaucoup de formation en lettres, en droits, en sciences sociales, etc. Désormais, il nous faut une Afrique scientifique. Et rejoindre l’appel de Cheikh Anta Diop qui nous dit qu’il faut vous armer des sciences jusqu’aux dents. Donc la nouvelle génération doit être une génération de scientifiques. Et c’est à cela que nous travaillons à la CEDEAO, pour amener notre sous-région à changer le modèle éducatif. Il nous faut nous donner un horizon temporel dans lequel nous allons faire le shift au niveau de l’enseignement supérieur. Au lieu d’avoir 60% de nos étudiants qui vont être en lettres, en droits, etc. Que cela change, parce que nos besoins ne seront plus des besoins de professeurs de littérature ou de professeurs d’avocat, etc. On aura besoin de scientifiques, on aura besoin de géologues, on aura besoin d’ingénieurs, on aura besoin aussi de gens par rapport aux sciences à venir. » Le message de la Professeure Sow Sarr frappé par plusieurs axes majeurs : L’urgence de revoir le modèle éducatif . Elle pointe un système hérité de la colonisation, tourné vers les lettres et l’administration, alors que le monde exige désormais des compétences scientifiques, techniques, numériques. La question de l’identité commune Avant de parler d’économie ou de sécurité, elle estime nécessaire de construire un sentiment d’appartenance à une même communauté ouest-africaine. La maîtrise des ressources africaines . Le paradoxe est flagrant : l’Afrique regorge de ressources, mais leur exploitation reste majoritairement entre les mains d’experts étrangers. La jeunesse comme force politique, sociale et économique

Fatou Ba

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