(Coopération Maroc/Sénégal) – Étudiants marocains en médecine à Dakar : quand la rigueur du système marocain mène à l’option sénégalaise(Par Boubacar Kambel DIENG)

Pourquoi observe-t-on une forte présence d’étudiants marocains dans les filières de médecine, de pharmacie et chirurgie dentaire à Dakar ?
La réponse est souvent mal comprise et donne lieu à des interprétations erronées.

Contrairement à une idée répandue, il ne s’agit ni d’un manque de qualité de la formation médicale au Maroc, ni d’un exode définitif de futurs professionnels de santé vers le Sénégal. La réalité est tout autre.

Au Maroc, l’accès aux études de médecine, de pharmacie et de chirurgie dentaire est encadré par un système de sélection parmi les plus exigeants de la région. Seuls les titulaires d’un baccalauréat scientifique peuvent prétendre à une candidature.
Une présélection sévère est opérée sur la base des résultats du baccalauréat, avec une moyenne calculée qui doit généralement être égale ou supérieure à 12/20. Cette moyenne repose sur une pondération stricte : 75 % de la note de l’examen national et 25 % de la note de l’examen régional, sans prise en compte du contrôle continu.
Cette étape élimine déjà une grande partie des candidats, y compris parmi ceux ayant obtenu de bons résultats scolaires.

Les étudiants présélectionnés doivent ensuite affronter un concours national écrit, commun aux facultés de médecine, de pharmacie et de chirurgie dentaire. Ce concours porte sur des matières fondamentales : mathématiques, sciences de la vie, physique et chimie. Chaque épreuve est notée sur 20, avec un coefficient identique.
Le concours est particulièrement sélectif, car il comporte des notes éliminatoires : une note inférieure ou égale à 5/20 dans une seule matière entraîne l’élimination immédiate, quel que soit le niveau global du candidat.
Le classement final se fait par ordre de mérite, pour un nombre de places volontairement limité.

Dans ce contexte, de nombreux bacheliers brillants, pourtant capables de suivre une formation exigeante dans les métiers de la santé, se retrouvent exclus du système non par manque de niveau, mais en raison de la sélectivité extrême du concours.

Ce sont ces étudiants, déterminés à poursuivre leur vocation, qui se tournent vers des universités étrangères reconnues, parmi lesquelles l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar occupe une place importante.

Il est essentiel de corriger une idée largement répandue : non, les professionnels de santé marocains ne sont pas formés à Dakar faute de structures dans leur pays. La médecine, la pharmacie et la chirurgie dentaire sont fortement développées au Maroc, avec des facultés bien établies, un encadrement académique solide et un système hospitalier structuré.

La majorité des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes marocains exerçant dans le pays ont été formés localement, à l’issue de ce processus de sélection rigoureux.

Les étudiants marocains qui passent par Dakar le font comme une alternative académique, non comme un exil définitif. Pour beaucoup, la formation suivie au Sénégal est une étape avant un retour au Maroc pour y exercer.

Dakar offre un enseignement de qualité, reconnu, qui permet à ces étudiants de concrétiser leur projet professionnel après avoir échoué à franchir les dernières barrières d’un concours extrêmement compétitif.

La réalité est donc claire : la crème de la crème des étudiants en santé est déjà formée au Maroc, à l’issue d’une sélection rigoureuse fondée sur des seuils élevés et des épreuves éliminatoires. La présence marocaine à Dakar reflète à la fois la dureté du système de sélection national et l’attractivité d’une université africaine de référence.

Elle ne traduit ni une faiblesse du Maroc, ni une dépendance, mais un choix académique assumé face à l’un des filtres les plus stricts de l’enseignement supérieur.

BKD…

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