À Dakar, la Maison Malikha ouvre un espace de vérité pour parler du bien-être, de la charge mentale et du leadership féminin
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la Maison Malikha a organisé une table ronde d’exception réunissant des expertes issues de la santé, du droit, du coaching et du leadership. L’objectif : ouvrir une conversation franche et nécessaire sur le bien-être et la performance mentale des femmes leaders dans un monde où responsabilités professionnelles, exigences sociales et obligations familiales se superposent souvent au prix d’un épuisement silencieux.
Placée sous le thème « Souveraineté intérieure et performance : comment préserver son bien-être dans un monde de responsabilités ? », la rencontre s’est tenue dans les locaux de Maison Malikha à Dakar, en présence d’un public composé d’entrepreneures, de professionnelles, d’acteurs du développement et de jeunes femmes venues chercher inspiration et réponses. Au cœur de cette rencontre : une question simple mais fondamentale. Comment réussir sans se perdre ? Comment performer sans s’oublier ?
Un espace pour ralentir et se retrouver. La rencontre a été ouverte par la fondatrice et directrice de Maison Malikha, Rokhaya Aidara Sy, qui a prononcé un discours de bienvenue empreint d’émotion et de sincérité. Entre entrepreneuriat, maternité et responsabilités sociales, elle a évoqué la multiplicité des rôles que les femmes portent quotidiennement.
« Je suis entrepreneur, je suis maman et je suis fondatrice. Ce sont plusieurs identités, plusieurs responsabilités, plusieurs façons d’aimer ce que je fais. Mais ce que personne ne nous dit, c’est que la performance a un coût invisible », a-t-elle confié devant l’assemblée.
Dans son intervention, la fondatrice a décrit ce que vivent de nombreuses femmes leaders : des journées rythmées par les décisions professionnelles, les obligations familiales et les attentes sociales. « Le matin, vous signez des documents importants et dans la même matinée vous avez peut-être préparé le petit-déjeuner de vos enfants, rassuré un collaborateur et répondu à une urgence. Nous faisons tout cela très bien, mais malgré tout nous continuons à nous demander si nous en faisons assez. » Cette réalité, selon elle, est à l’origine de la création de Maison Malikha, un espace pensé comme une escale mentale et émotionnelle pour les femmes. « À quel moment prenons-nous le temps de nous rencontrer nous-mêmes ? C’est de cette question qu’est née Maison Malikha. »
Maison Malikha : du concept store au « refuge éditorial » L’originalité de la démarche de Maison Malikha repose sur une philosophie différente du commerce traditionnel.
Contrairement à la plupart des boutiques dakaroises qui mettent l’accent sur l’apparence et l’esthétique, Maison Malikha propose une approche plus introspective. La fondatrice parle d’un passage du concept store au “refuge éditorial”. « Nous ne commençons pas par ce que vous portez, mais parce que vous ressentez. »
Dans cet espace, les objets , maroquinerie, textiles ou huiles essentielles , ne sont pas présentés comme de simples produits, mais comme des outils de reconnexion intérieure.
« On ne vient pas chez Maison Malikha pour acheter, on vient pour s’extraire du bruit. Nous privilégions la conversation plutôt que la transaction. » Dans cette vision, le luxe n’est plus un signe d’apparat, mais une nécessité mentale, un moyen de ralentir et de retrouver l’équilibre. La souveraineté intérieure contre la charge mentale . L’un des concepts centraux évoqués lors de cette rencontre est celui de la souveraineté intérieure. Pour Maison Malikha, il s’agit d’un état d’équilibre permettant aux femmes de conserver leur bien-être émotionnel et mental malgré les multiples responsabilités qu’elles assument. Car dans les entreprises comme dans les familles, les femmes leaders occupent souvent des positions de pilier.
Mais derrière cette image de force se cache parfois une fatigue invisible. « Les femmes sont les piliers de leurs organisations et de leurs familles, mais souvent au prix d’un épuisement silencieux », a rappelé Rokhaya Aidara Sy. D’où l’importance de créer des espaces où la performance cesse d’être une obligation permanente. « Ici, la femme leader n’a plus rien à prouver. Elle a simplement à ressentir. » Des expertes pour une conversation sans filtre
La table ronde a réuni plusieurs intervenantes reconnues dans leurs domaines respectifs.
Parmi elles : Ouma Sani, Directrice du Women’s Investment Club ;Adja Mariétou Diop, cardiologue;Mame Binta Diouf Diallo, coach et mentor certifiée;Ndeye Magatte Mbaye, juriste et chargée de genre et développement à UNICEF Sénégal et Seynabou Dia Sall, CEO de Global Mind Consulting. La discussion était modérée par la journaliste et présentatrice Hadjara Cissé, qui a su orienter les échanges vers des témoignages personnels et des réflexions profondes sur la condition des femmes leaders.
Le sens du travail comme moteur de performance . Pour plusieurs panélistes, la clé de l’équilibre réside dans le sens donné à l’action professionnelle. « Le succès est un mot qui peut faire peur. Personnellement, je préfère parler de sens. Ce qui compte, c’est de faire des choses qui nous accomplissent et qui nous donnent le sentiment d’être utiles », a expliqué l’une des intervenantes. Selon elle, lorsque l’on travaille dans un domaine qui correspond à ses valeurs profondes, la fatigue est différente. « On peut avoir des journées très longues, mais quand on aime ce que l’on fait, on ressent moins le poids de l’effort. »
Ce rapport au sens permet également de maintenir une motivation durable.
La double vie des femmes leaders. L’un des thèmes les plus marquants du débat a été la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Beaucoup de femmes leaders vivent un dilemme constant entre leur carrière et leur rôle de mère. « Nous sommes multitâches. Nous devons gérer nos responsabilités professionnelles tout en étant présents pour nos enfants et nos proches. » Cette réalité entraîne souvent une pression supplémentaire.
Car contrairement aux hommes, les femmes sont encore fortement associées aux responsabilités domestiques. La pression des normes sociales. La juriste Ndeye Magatte Mbaye a insisté sur l’influence des normes sociales dans la construction de cette charge mentale. Selon elle, les femmes sont souvent éduquées dès l’enfance à accepter une charge plus importante. « À la petite fille, on apprend à cuisiner. Au garçon, on laisse jouer au football. » Ces normes se prolongent à l’âge adulte. Même lorsque les femmes occupent les mêmes postes que les hommes, les attentes domestiques restent différentes.
« Dans un couple où les deux travaillent, l’homme a souvent autant de responsabilités professionnelles que la femme. Mais une fois à la maison, c’est encore elle qui porte la majorité des tâches. » Le droit d’être fatiguée . Un moment fort du débat a été la question du droit des femmes à être fatiguées. Dans de nombreuses sociétés africaines, la femme est souvent perçue comme une figure de résistance absolue. Une idée que plusieurs intervenantes ont jugée dangereuse.
« On nous a appris que la femme ne doit pas être fatiguée. Mais c’est un stéréotype qui nous détruit », a affirmé une panéliste. Reconnaître ses limites devient alors un acte de courage. « La vraie femme forte est celle qui sait dire stop. » Santé mentale : un sujet encore tabou. La question de la santé mentale a également occupé une place centrale dans les discussions. Selon certaines intervenantes, la dépression et le burn-out restent encore largement incompris dans de nombreuses sociétés africaines. « On dit souvent que ce sont des maladies de Blancs. Pourtant, beaucoup de femmes vivent des situations extrêmement difficiles sans pouvoir en parler. » Ces silences peuvent avoir des conséquences graves.
Stress chronique, maladies cardiovasculaires, anxiété ou épuisement professionnel sont souvent liés à cette pression constante. La cardiologue Adja Mariétou Diop a d’ailleurs rappelé les impacts physiques du stress prolongé. « La pression sociale peut provoquer des troubles cardiaques réels. Le corps finit toujours par parler. » Déconstruire les stéréotypes
Pour avancer vers un meilleur équilibre, les intervenantes ont souligné l’importance de déconstruire les stéréotypes de genre. Cela implique notamment de repenser la répartition des responsabilités au sein des familles et des institutions. « Les femmes n’ont pas le monopole des tâches domestiques. » Mais ce changement ne peut se faire qu’à travers une transformation progressive des mentalités. « On ne change pas une société en un jour. Mais chaque conversation comme celle-ci est un pas dans la bonne direction. » S’autoriser à se célébrer un autre message important partagé lors de cette table ronde a été l’importance de reconnaître ses propres réussites. Beaucoup de femmes, malgré leurs accomplissements, ont tendance à minimiser leurs succès. « Si je ne me félicite pas moi-même, qui va le faire ? » a déclaré une intervenante. Célébrer chaque étape du parcours devient alors une forme de reconnaissance personnelle. Un appel à replacer le bien-être au centre. Au terme des échanges, un message clair s’est dégagé : le bien-être ne doit plus être considéré comme un luxe, mais comme une priorité. Dans un monde où la performance est souvent valorisée au détriment de l’équilibre personnel, il devient essentiel de redéfinir les critères de réussite.
La réussite ne doit plus être mesurée uniquement à travers les résultats professionnels.
Elle doit aussi inclure la capacité à préserver sa santé mentale, ses relations et son identité personnelle. Une conversation qui doit continuer . Cette table ronde organisée par Maison Malikha s’inscrit dans une dynamique plus large de réflexion sur le leadership féminin en Afrique. En réunissant des expertes issues de différents domaines, l’événement a permis de croiser les regards et de mettre en lumière des réalités souvent invisibles. Mais surtout, il a ouvert un espace de parole. Un espace où les femmes peuvent parler de leurs réussites, mais aussi de leurs doutes, de leurs fatigues et de leurs limites. Revenir à soi
Au moment de clôturer la rencontre, Rokhaya Aidara Sy a invité les participantes à garder en mémoire l’esprit de cette journée. « La vie n’est pas une question de paraître. La véritable élégance réside dans cette souveraineté intérieure que l’on construit chaque jour, souvent dans le silence. » Dans un monde qui pousse constamment à accélérer, Maison Malikha propose un geste simple mais révolutionnaire : ralentir. Ralentir pour respirer.
Ralentir pour ressentir. Et surtout, ralentir pour se retrouver.
Fatou Ba













