Plumes et Voix : quand la jeunesse fait résonner la mémoire africaine à Dakar

À la Place du Souvenir Africain, la Francophonie et l’art du conte célèbrent une nouvelle génération d’écrivains et d’orateurs engagés

En ce jeudi 26 mars 2026, la Place du Souvenir Africain s’est transformée en un véritable sanctuaire de la parole vivante, de la mémoire et de la transmission. Dans une atmosphère empreinte de solennité, mais aussi d’émotions vibrantes, s’est tenue la cérémonie de remise des prix du concours « Plumes et Voix des Lycéens et Collégiens », organisée dans le cadre de la célébration conjointe de la Journée internationale de la Francophonie et de la Journée mondiale du conte.

Une double célébration, différée en raison de la Korité, mais qui n’a rien perdu de sa force symbolique. Bien au contraire. Elle s’est enrichie d’un esprit de partage, de renouveau et de communion qui a profondément marqué cette matinée dédiée à la jeunesse sénégalaise.
Une cérémonie entre mémoire et modernité. Présidée par Bakary Sarr, en présence de Madame Diouf, Administratrice de la Place du Souvenir Africain, la cérémonie s’inscrivait dans une dynamique de valorisation du patrimoine culturel africain et francophone. Au cœur de cette initiative : une ambition claire , reconnecter la jeunesse à ses racines tout en lui offrant un espace d’expression moderne. « Une date, deux célébrations de valeurs essentielles » Prenant la parole en ouverture, Madame Diouf a immédiatement donné le ton. Son discours, à la fois chaleureux et engagé, a rappelé l’importance de cette double célébration. « C’est avec une immense joie et un profond honneur que je vous souhaite la bienvenue », a-t-elle déclaré, avant de souligner que la Francophonie et le conte incarnent deux piliers fondamentaux : la langue comme espace de dialogue, et la tradition orale comme vecteur de transmission.Elle a insisté sur le rôle des figures historiques africaines dans la construction des identités contemporaines. Des personnalités comme Patrice Lumumba, Cheikh Anta Diop ou encore Jomo Kenyatta ont ainsi été au cœur des travaux des élèves. « À travers ce concours, les élèves dialoguent avec ces grandes figures, leur expriment leur reconnaissance et réinterprètent leur héritage », a-t-elle souligné. Un concours au service de l’excellence et de l’identité. Initiée par le Centre de Ressources Ousmane Sembène, cette deuxième édition du concours « Plumes et Voix » a réuni 10 lycées et 8 collèges issus des académies de Dakar, Pikine-Guédiawaye et Rufisque. Chaque établissement s’est vu attribuer, par tirage au sort, une figure emblématique africaine ou diasporique. Les élèves avaient alors pour mission d’écrire et de déclamer des textes, lettres, poèmes, hommages, inspirés de ces personnalités. Une démarche exigeante, comme l’a rappelé Madame Diouf : « Cela requiert une connaissance approfondie des figures étudiées, mais aussi une capacité à créer un lien sensible et personnel avec elles. » Les lycéens ont ainsi travaillé sur des icônes telles que Mariama Bâ, Anna Nzinga ou encore Léon-Gontran Damas. Du côté des collégiens, les figures choisies ont également suscité une forte implication intellectuelle et émotionnelle.
Une animation riche en émotions. Mais au-delà des discours et des résultats, c’est surtout l’intensité des prestations qui a marqué les esprits. Le 11 mars 2026, lors des délibérations, les candidats se sont succédé sur scène pour déclamer leurs textes devant leurs pairs et leurs encadreurs. Une expérience aussi intimidante qu’enrichissante. Dans la salle, les silences étaient habités. Chaque mot, chaque souffle, chaque tremblement de voix traduisait l’engagement des jeunes participants. Un jury engagé et exigeant. La lourde tâche de départager les candidats revenait à un jury composé de personnalités reconnues du monde académique et culturel : Racine Senghor. , Andrée-Marie Diagne et Annie Coly. Malgré l’absence excusée de Mme Coly, les délibérations se sont déroulées dans la rigueur et la discrétion. Après plusieurs heures d’échanges, le verdict est tombé : 1er Prix : Fatou Fall (CEM David Diop Mendes); 2ème Prix : Mouhamed Bachir Diagne (CEM El Hadji Ibrahima Diop) et le 3ème Prix : Ramatoulaye Wane (CEM Lamine Guèye)ces noms sont désormais inscrits dans la mémoire de cette édition 2026. Dans son discours, Bakary Sarr a livré une réflexion profonde sur le rôle de la langue et de la tradition dans la construction des sociétés. Il a rappelé que la Francophonie est bien plus qu’un espace linguistique :
« Elle est un vecteur de dialogue, un instrument de paix et un outil de création. » Revenant sur le thème de cette année « Génération Paix » il a souligné la responsabilité des jeunes dans la construction d’un monde plus apaisé. Mais c’est surtout son plaidoyer en faveur du conte qui a marqué les esprits : « Le conte est une école de la vie. Il transmet des valeurs essentielles et façonne notre imaginaire collectif. » Écrire, dire, transmettre : un acte citoyen
À travers le concours « Plumes et Voix », les participants ont fait bien plus que produire des textes. Ils ont posé un acte citoyen. Écrire une lettre à Patrice Lumumba ou déclamer un poème dédié à Cheikh Anta Diop, c’est établir un dialogue entre passé et présent. C’est aussi affirmer une identité, une mémoire, une vision. Comme l’a si justement exprimé le secrétaire d’État : « Écrire, c’est penser. Raconter, c’est transmettre. Prendre la parole, c’est exister. » Une jeunesse consciente de son héritage Tout au long de la cérémonie, un constat s’est imposé : la jeunesse sénégalaise n’est pas déconnectée de son histoire. Elle la réinterprète, la questionne, la fait vivre. Grâce à l’accompagnement des enseignants et au soutien du ministère de l’Éducation nationale, ces élèves ont su dépasser les attentes. Leur créativité, leur audace et leur sensibilité témoignent d’un potentiel immense.
La francophonie comme espace d’avenir . Soutenue notamment par l’Organisation internationale de la Francophonie, cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de promotion de la diversité culturelle.

Fatou Ba

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