À un mois de l’événement, la 17e édition du festival s’annonce comme un manifeste vibrant pour la liberté de création, la mémoire et les récits du réel africain
La conférence de presse de lancement de la 17e édition du Saint-Louis DOCS a donné le ton : celui d’un rendez-vous devenu incontournable, à la croisée de la création artistique, de l’engagement citoyen et de la transmission des regards.
Prévu du 28 avril au 2 mai 2026 dans la mythique Saint-Louis, le festival international du film documentaire confirme, année après année, son statut de plateforme majeure dédiée au cinéma du réel en Afrique de l’Ouest. À la tribune, deux voix fortes ont porté cette ambition : Souleymane Kébé,co-coordinateur du festival, et Alioune Kéba Badiane, représentant du FOPICA. Un festival ancré dans les réalités, ouvert sur le monde. Dès l’ouverture de la conférence, Souleymane Kébé a rappelé la vocation première de Saint-Louis DOCS : faire du documentaire un espace de dialogue, de réflexion et de découverte. « C’est l’événement le plus important d’Afrique de l’Ouest consacré à la création documentaire », affirme avec conviction. Cette année, le festival réunira près d’une centaine de professionnels venus des quatre coins du monde. Pas moins de 45 films issus de 22 pays seront projetés, témoignant de la richesse et de la diversité des regards contemporains sur le continent africain et ses diasporas. De l’Afrique du Sud au Canada, en passant par Haïti, la France, le Rwanda ou encore le Niger, cette programmation internationale affirme une ligne éditoriale claire : donner à voir des récits pluriels, ancrés dans les réalités sociales, politiques et culturelles. Mais au-delà des chiffres, c’est l’esprit du festival qui fait sa singularité. Le cinéma sans murs : une expérience populaire et immersive. À Saint-Louis, le cinéma se vit autrement. Ici, pas de salles obscures traditionnelles : elles ont disparu depuis plus de 25 ans. À la place, le festival investit les rues, les quartiers, les écoles et les places publiques. Les projections en plein air deviennent alors des moments de partage collectif, où habitants, enfants, cinéphiles et curieux se retrouvent autour d’un écran installé au cœur de leur quotidien. « On va devant la maison des gens pour montrer le cinéma », explique Kébé. « Le bruit, les passages, la vie c’est ça aussi le documentaire. » Une approche qui casse les codes classiques de diffusion et démocratise l’accès à une forme cinématographique souvent perçue comme élitiste. Une programmation riche entre compétition, transmission et création. La 17e édition de Saint-Louis DOCS ne se limite pas aux projections. Elle s’articule autour de plusieurs axes majeurs : La compétition officielle 6 films sénégalais en courts et moyens métrages
; 14 films internationaux; 9 longs métrages documentaires . Une sélection exigeante, construite par un comité artistique international composé de 12 professionnels issus de plusieurs pays. La résidence d’écriture : un laboratoire de talents. Véritable pilier du festival, la résidence d’écriture accompagne cette année 11 projets de cinéastes africains issus de 7 pays. Encadrée par des figures reconnues comme Ruzyne Bakam et Cellou Diallo, elle bénéficie du soutien d’institutions telles que l’AFD et Canal+ Université. Objectif : faire émerger une nouvelle génération de documentaristes africains capables de porter leurs récits à l’international. Le forum de production . Organisé du 1er au 2 mai, ce forum permettra aux auteurs de présenter leurs projets à des producteurs et diffuseurs africains et européens, facilitant ainsi leur concrétisation. Hommage à une mémoire cinématographique : Mahama Johnson Traoré Moment fort de cette édition : un hommage appuyé à l’un des pionniers du cinéma sénégalais, Mahama Johnson Traoré. Figure engagée, cofondateur du FESPACO, il a marqué l’histoire par des œuvres audacieuses abordant les questions sociales et politiques. Deux de ses films restaurés seront projetés : Reou-Takh et Njangaan
Un geste fort pour reconnecter les nouvelles générations à leur patrimoine cinématographique. Autre moment phare : la présence exceptionnelle de Alice Diop.
Réalisatrice primée à la Berlinale et à Venise, elle incarne une nouvelle génération de cinéastes explorant les identités, les marges et les réalités sociales avec une grande sensibilité. Elle recevra le Sargal Doc 2026, une distinction honorifique du festival, et participera à des projections, rencontres et débats pendant trois jours. Un festival soutenu mais encore fragile . Si le festival peut compter sur le soutien du FOPICA, son équilibre reste précaire. Dans son intervention, Alioune Kéba Badiane a lancé un appel clair :
« Organiser un événement d’une telle ampleur en dehors de Dakar n’est pas chose évidente. Il faut une mobilisation collective : presse, partenaires, collectivité ». Il insiste sur la nécessité d’un engagement accru, notamment des acteurs privés et des collectivités territoriales, pour soutenir une initiative qui dépasse le cadre culturel et participe au rayonnement de toute une région. Saint-Louis, laboratoire culturel et vitrine territoriale . Au-delà du cinéma, Saint-Louis DOCS agit comme un véritable levier de développement local. Chaque édition génère une dynamique économique et sociale : afflux de visiteurs
valorisation du patrimoine , mobilisation des acteurs locaux, éducation à l’image pour les jeunes. Le festival revendique déjà plus de 80 000 spectateurs cumulés depuis sa création, un chiffre qui témoigne de son impact croissant. Des défis à relever : diffusion, accessibilité et pérennité Parmi les préoccupations soulevées lors de la conférence : la diffusion des films après le festival. l’accès aux œuvres dans les régions éloignées , les contraintes juridiques liées aux droits. Des pistes sont en réflexion, notamment la mise en place de projections itinérantes à travers le pays. Une vision : raconter l’Afrique par elle-même. Depuis plus de 15 ans, Saint-Louis DOCS défend une idée forte : celle d’un cinéma africain libre, engagé et ancré dans ses réalités. Un cinéma qui ne se contente pas de montrer, mais qui interroge, dérange, éclaire. « Valoriser les regards de l’intérieur », insiste Souleymane Kébé.
Dans un monde saturé d’images, le documentaire devient alors un outil essentiel pour comprendre, transmettre et résister. Dakar lance, Saint-Louis accueille. En clôturant la conférence, les organisateurs ont rappelé que cette rencontre à Dakar n’était qu’un point de départ. Une seconde conférence se tiendra à Saint-Louis, quelques jours avant l’ouverture, pour mobiliser la presse locale et les populations. Car si Dakar donne l’impulsion, c’est bien Saint-Louis qui fera vibrer le festival. Un rendez-vous à ne pas manquer . Du 28 avril au 2 mai 2026, Saint-Louis deviendra une scène à ciel ouvert où le réel se raconte, se partage et se questionne. Plus qu’un festival, Saint-Louis DOCS est une expérience humaine, artistique et citoyenne. Un espace où les histoires prennent vie, où les voix s’élèvent, et où le cinéma retrouve sa mission première : regarder le monde pour mieux le comprendre.
Fatou Ba








