CAF : une institution qui s’égare et décrédibilise le football africain (Par Boubacar Kambel DIENG)

Il y a des décisions qui interrogent. Et puis il y a celles qui abîment durablement une institution. Le verdict rendu par la Confédération Africaine de Football sur la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 appartient clairement à la seconde catégorie.

Car au-delà du simple cas Sénégal-Maroc, ce dossier met en lumière un problème beaucoup plus profond : une gouvernance hésitante, incohérente et parfois déconnectée des principes fondamentaux du sport.

Ce n’est malheureusement pas une première. Depuis plusieurs années, la CAF accumule les décisions controversées. On se souvient de la finale de la Ligue des champions africaine 2019 entre l’Espérance de Tunis et le Wydad Casablanca, arrêtée dans des conditions ubuesques, puis rejouée sur décision administrative… avant d’être finalement tranchée autrement après recours. Résultat : confusion totale et image écornée à l’échelle mondiale.

Autre exemple marquant : les multiples changements de calendrier de la CAN, souvent décidés dans la précipitation, donnant le sentiment d’une institution incapable d’anticiper. Ou encore les polémiques récurrentes sur l’arbitrage et l’usage du VAR, qui alimentent un climat de défiance permanent.

Dans cette affaire, la CAF franchit un cap. En attribuant une finale sur tapis vert, elle envoie un message dangereux : celui d’un football où l’administratif peut supplanter le terrain sans consensus clair. Une décision qui divise profondément, jusque parmi les observateurs les plus neutres.

La question de la gouvernance se pose avec acuité. Sous la présidence de Patrice Motsepe, l’institution peine encore à convaincre qu’elle a définitivement tourné la page de ses errements passés. Et l’influence croissante de Gianni Infantino dans les affaires africaines interroge sur la réelle autonomie de la CAF. Pourquoi une telle proximité, là où d’autres confédérations semblent mieux préserver leur indépendance ?

Le plus préoccupant, au fond, c’est la perte de confiance. Quand les acteurs du jeu (joueurs, dirigeants, supporters) commencent à douter de l’équité des décisions, c’est tout l’édifice qui vacille.

Le football africain mérite mieux. Il mérite une instance forte, cohérente, respectée. Pas une organisation qui donne le sentiment de subir les événements au lieu de les maîtriser.

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