Autour de la grande chorégraphe Germaine Acogny, artistes et professionnels de la danse se sont réunis à Dakar pour préparer une Biennale historique qui fera du Sénégal l’épicentre de la danse contemporaine africaine du 29 avril au 3 mai 2026.
Une rencontre stratégique pour une Biennale très attendue. Le compte à rebours est désormais lancé pour la Biennale de la Danse en Afrique 2026. En prélude à cet événement majeur de la scène chorégraphique, ce vendredi 6 mars 2026, une rencontre d’information s’est tenue à la salle de spectacle du Centre culturel Blaise Senghor à Dakar. Organisée en partenariat avec L’ecole des Sables, cette séance a réuni danseurs, chorégraphes, compagnies et acteurs culturels autour d’un objectif commun : préparer la participation sénégalaise et africaine à cette grande fête de la danse contemporaine prévue du 29 avril au 3 mai 2026.
Moment fort de cette rencontre : la présence de la grande figure de la danse contemporaine africaine, Germaine Acogny, fondatrice de l’École des Sables et véritable référence internationale dans le domaine de la formation chorégraphique. La séance s’est tenue dans une ambiance conviviale et professionnelle, ponctuée par des échanges riches entre organisateurs et artistes, avant de se conclure par un ndogou, symbole de partage et de convivialité. Une démarche inclusive portée par le Centre culturel Blaise Senghor. Prenant la parole pour ouvrir la rencontre, la directrice du Centre culturel Blaise Senghor, Fatou Sène, a rappelé la volonté de l’institution de s’impliquer pleinement dans la réussite de cet événement continental. Cette année, le centre a fait un choix stratégique : mettre entre parenthèses l’organisation habituelle de la Journée mondiale de la danse afin de concentrer toutes ses énergies sur la Biennale. Selon elle, l’objectif est clair : impliquer toute la communauté de la danse. « L’idée de cette rencontre est de permettre d’impliquer tout le monde. Nous avons adopté une démarche inclusive. Le Centre culturel Blaise Senghor est un lieu où se retrouvent pratiquement toutes les formes de danse et de nombreux groupes. Il était donc naturel qu’il puisse porter cette initiative », a-t-elle expliqué. Elle a également salué la collaboration avec l’École des Sables et remercié les danseurs venus nombreux pour échanger et poser des questions sur la Biennale. L’École des Sables, cœur battant de la danse africaine. Au centre de cette aventure artistique se trouve l’École des Sables, institution de renommée internationale dédiée à la formation et à la création chorégraphique en Afrique.Pour Germaine Acogny, cette Biennale est avant tout une célébration de la danse d’aujourd’hui, enracinée dans les traditions africaines. « Si tu n’as pas de racines, tu ne peux pas grandir », rappelle-t-elle avec conviction.
La pédagogie de l’École des Sables repose justement sur cette philosophie : partir des danses traditionnelles africaines pour construire une danse contemporaine moderne et universelle. Chaque danseur qui rejoint l’école apporte ainsi avec lui son patrimoine chorégraphique, créant un espace de rencontre unique entre les cultures africaines. « Quand les danseurs viennent de tous les pays d’Afrique, chacun apporte sa danse patrimoniale. C’est ce lien qui nous permet de construire une danse contemporaine des temps modernes », souligne-t-elle. Une Biennale vieille de trente ans. La Biennale de la Danse en Afrique n’est pas un événement nouveau. Initiée il y a plus de trente ans par l’Institut français, elle circule d’un pays africain à l’autre, devenant au fil du temps l’un des plus importants rendez-vous de la danse contemporaine africaine. Pour l’édition 2026, c’est le Sénégal qui aura l’honneur de l’accueillir, avec le soutien du ministère de la Culture, des institutions culturelles et de nombreux partenaires. Pour les organisateurs, accueillir cette Biennale est également une forme de reconnaissance internationale pour le travail de longue haleine mené par Germaine Acogny pour la promotion de la danse africaine. « Je danse, donc nous sommes » : une philosophie collective. Le thème choisi pour cette édition est particulièrement évocateur : « Je danse, donc nous sommes ». Cette formule s’inspire de plusieurs références philosophiques et culturelles : « Je pense donc je suis » de Descartes « Je danse donc je suis », souvent associé à la pensée de Léopold Sédar Senghor et la philosophie africaine Ubuntu, selon laquelle « je suis parce que nous sommes ». Dans cette vision, le corps devient un lien social, un moyen de dialogue entre artistes, musiciens et publics. La danse n’est plus seulement un spectacle : elle devient un espace de rencontre, de communauté et de création collective. Une sélection exigeante parmi 300 compagnies . L’engouement pour cette édition a été considérable. Près de 300 compagnies issues d’Afrique, de la diaspora et des communautés afro-descendantes ont répondu à l’appel à candidature. Après une phase de sélection rigoureuse basée sur l’originalité, la qualité artistique et la pertinence des thèmes abordés, 25 compagnies ont été retenues :
10 compagnies sénégalaises, 15 compagnies venues d’autres pays africains ou de la diaspora. Cette sélection permet de présenter une programmation dense sur cinq jours, avec des spectacles chaque soir. Au-delà du spectacle : un véritable marché de la danse
La Biennale ne se limite pas aux représentations artistiques. Elle constitue également un véritable marché professionnel. Lors de la précédente édition, plus de 300 programmateurs internationaux avaient fait le déplacement pour découvrir de nouvelles créations et nouer des partenariats. Pour le Sénégal, l’enjeu est donc aussi économique et stratégique : vendre l’image de la danse contemporaine africaine et favoriser la circulation des artistes. Une programmation riche et multidimensionnelle . En parallèle des spectacles, de nombreuses activités viendront enrichir la Biennale : Masterclass avec des chorégraphes internationaux , Tables rondes autour de la création artistique, Rencontres professionnelles B2B entre compagnies et programmateurs, Activités pédagogiques dans les écoles pour sensibiliser les enfants à la danse, Expositions photographiques, Village de la Biennale avec une trentaine de stands culturels Animations musicales nocturnes. Les soirées se prolongeront ainsi dans un espace festif et convivial, favorisant les rencontres entre artistes et public.
Une vitrine pour l’image du Sénégal. Pour les organisateurs, cette Biennale est aussi une opportunité unique pour le Sénégal. Le pays pourra montrer au monde la richesse de sa scène chorégraphique, mais aussi son dynamisme culturel. Germaine Acogny n’a pas caché son ambition : « Le monde entier de la danse va venir au Sénégal. Ils sont curieux de voir ce qui se passe ici. Nous devons montrer que nous existons et que nous sommes unis. » Elle a également insisté sur un point essentiel : la reconnaissance de la danse comme véritable métier. Selon elle, les danseurs africains contribuent aujourd’hui à l’économie culturelle et font vivre leurs familles grâce à leur art. « Les artistes doivent vivre de leur art. La danse est un métier, un vrai métier. » Une arme pacifique pour le monde Au-delà de l’aspect artistique et économique, la chorégraphe voit dans la danse un instrument de paix et de beauté.
« Le monde a besoin de beauté. L’art en est l’instrument. Et la danse est une arme pacifique. » À travers cette Biennale, elle espère renforcer la solidarité entre les artistes africains et valoriser la place de la femme, de l’environnement et des questions sociales dans la création chorégraphique. Une ouverture historique attendue L’ouverture officielle de la Biennale s’annonce spectaculaire. Plusieurs corps de ballet sénégalais, notamment ceux du Théâtre national Daniel Sorano, devraient participer à une grande performance collective symbolisant l’unité de la danse au Sénégal. Pour Germaine Acogny, le message est clair : le Sénégal doit offrir au monde une démonstration de créativité et d’excellence artistique. Dakar, capitale africaine de la danse en 2026. À quelques semaines de l’événement, l’enthousiasme grandit dans les milieux culturels. Avec cette Biennale, Dakar s’apprête à devenir la capitale africaine de la danse contemporaine, un carrefour où se rencontreront traditions, modernité et innovations artistiques. Si la réussite est au rendez-vous, cette édition pourrait marquer un tournant historique pour la visibilité internationale de la danse africaine. Et comme le résume si bien le thème de cette édition : « Je danse, donc nous sommes. »
Fatou Ba











