– De protégés à affamés : l’étrange retour des singes dans l’ex-camp de la marine française de Rufisque(Par Boubacar Kambel DIENG)

(Reportage) – On m’en avait parlé toute la semaine. Des singes aperçus à l’intérieur de l’ex-camp de la marine française, situé entre Kounoune et Almadies 2, dans la zone de Rufisque. Difficile à imaginer. Ce samedi 24 janvier, j’ai donc décidé de me rendre sur place pour constater de mes propres yeux.

Mon premier passage a lieu dans la matinée, avant 11 heures. Aux abords du camp, les témoignages des riverains convergent. Plusieurs voisins confirment apercevoir régulièrement des singes à l’intérieur de cette vaste enceinte d’environ un kilomètre carré. À cette heure-là, aucun animal ne se montre, mais les récits sont unanimes.

Après un passage en ville, je reviens sur les lieux dans l’après-midi, aux alentours de 16 heures. Cette fois, je prends le temps de me garer, de m’approcher des grilles et d’observer. L’attente est de courte durée.

Derrière les barrières du camp, des singes apparaissent, se déplacent entre les arbres et les champs. Le doute n’est plus permis. Photos et vidéos viennent confirmer la scène.

Sur place, je fais la rencontre de deux jeunes paysans, Abdou Samb, 14 ans, et Demba Fall, 15 ans, tous deux habitants de Kounoune Ngalam. Leurs familles exploitent des champs à l’intérieur du camp. Leur journée de travail à peine terminée, ils s’approchent, intrigués par ma présence.

Les deux adolescents expliquent que la présence des singes est devenue de plus en plus fréquente. Autrefois discrets et presque invisibles, les animaux sortent désormais de leur milieu naturel pour se rapprocher des zones cultivées. Selon eux, cette situation est liée à un changement d’habitudes intervenu après le départ de la marine française.

Pendant des années, indiquent-ils, les militaires français prenaient soin des singes, leur fournissant nourriture et eau. Les animaux restaient alors calmes et cantonnés à leur espace naturel. Depuis quelque temps, cette prise en charge n’existe plus. Les singes cherchent désormais eux-mêmes de quoi se nourrir.

Ils s’attaquent principalement aux champs d’arachide et de manioc, causant des pertes pour les exploitants. Les singes ne sont pas agressifs, précisent les usagers des lieux, mais ils viennent régulièrement près des grilles et des barrières pour trouver de la nourriture dans les champs.

Selon certains témoignages recueillis sur place, il arrive très rarement qu’un singe parvienne à s’échapper de l’enceinte du camp. Ces cas restent exceptionnels et n’ont, jusqu’ici, causé aucun dommage majeur.

Aujourd’hui, l’ex-camp de la marine française est entouré de zones d’habitation densément peuplées. La présence croissante de cette faune sauvage pose la question de la cohabitation entre activités humaines et environnement naturel.

À mes yeux, et même pour de nombreux riverains et usagers du camp, il devient nécessaire que les autorités se penchent sur cette situation, à la fois pour préserver l’équilibre écologique, sécuriser les populations environnantes et encadrer la gestion de cet espace désormais mis à la disposition de l’armée sénégalaise, appelée à communiquer et à clarifier les dispositions prises face à cette réalité nouvelle.

BKD…

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