À l’ouverture de la première édition de l’ECOFEST, le Premier ministre Ousmane Sonko rappelle le rôle central de la culture face aux mutations politiques et identitaires du continent.
Ce dimanche soir, le Grand Théâtre National Doudou Ndiaye Coumba Rose vibrait d’une intensité rare. Drapé de lumières chaudes, animé par des foules d’artistes, de délégations officielles, de jeunes et de professionnels venus des quinze pays de la CEDEAO, l’édifice est devenu, l’espace d’un instant, le symbole vivant d’une Afrique de l’Ouest consciente de sa force culturelle et déterminée à écrire une nouvelle page de son histoire.
C’est dans cette ambiance de ferveur et d’attente que le Premier ministre du Sénégal, Ousmane Sonko, a présidé la cérémonie officielle d’ouverture de la première édition du Festival Ouest-Africain des Arts et de la Culture ECOFEST 2025, organisé conjointement par la CEDEAO, l’UEMOA et l’État du Sénégal, sous le thème : « Mutations et crises politiques en Afrique de l’Ouest : que peut faire la culture ? » Un thème lourd, brûlant d’actualité, et qui résonne profondément dans une région marquée ces dernières années par des tensions politiques, des crises sécuritaires et des débats identitaires profonds. Mais un thème également porteur d’espoir, car la culture, comme l’a affirmé le Premier ministre, demeure « le plus puissant rempart et le meilleur levier d’action » pour réinventer l’avenir ouest-africain. Dans la salle, un public pluriel : officiels, universitaires, écrivains, jeunes créateurs, chorégraphes, cinéastes, stylistes, entrepreneurs culturels. Tous conscients d’assister à un moment qui restera dans les annales. La scène du grand théâtre s’est transformée en un continent miniature : Chorégraphies de peuples, projections immersives, performances , mode afro-futuriste, ballets traditionnels revisités. l’Afrique de l’Ouest a déployé toute sa palette artistique. Les artistes ont offert un voyage à travers les espaces culturels . Le Premier ministre, représentant le Président de la République, ouvre son discours avec une émotion palpable : « C’est une immense fierté pour le Sénégal et pour moi-même, au nom du président de la République, de vous accueillir à Dakar pour la première édition du Festival Ouest-Africain des Arts et de la Culture. Vous êtes ici chez vous, sur cette terre à l’hospitalité légendaire, carrefour de passages ethniques, culturels et spirituels. » Ce rappel de l’identité hospitalière du Sénégal n’est pas anodin. Il place Dakar, une nouvelle fois, comme capitale culturelle de la sous-région, héritière d’une tradition de rencontres et de métissages. Culture, intégration et résistance : les trois piliers du discours Le Premier ministre articule son discours autour d’une conviction centrale : La culture précède toujours la politique, et souvent, la sauve. La culture comme ciment de l’intégration ouest-africaine « L’intégration culturelle a toujours précédé l’intégration politique. Des grands empires du Ghana, du Mali ou du Songhaï à la CEDEAO fondée il y a près de 50 ans, notre histoire est celle d’une communauté que les frontières coloniales n’ont jamais réussi à briser. » Ces mots rappellent une vérité souvent négligée : l’Afrique de l’Ouest est une région unie bien avant d’être divisée en États modernes. La culture comme rempart face aux crises contemporaines Sonko souligne avec gravité les défis actuels : Pression de modèles culturels extérieurs ;Uniformisation culturelle ; Marginalisation des langues locales ; Propagation de violences numériques et Perte de repères chez les jeunes « Notre jeunesse est la cible d’une agression culturelle insidieuse qui cherche à la déraciner. Nous devons les protéger et les encourager à s’engager dans la préservation de nos valeurs. » . La culture comme moteur économique Le Premier ministre exalte le potentiel des industries culturelles africaines : « Nos artistes, musiciens, cinéastes, stylistes, développeurs de jeux vidéo sont à la frontière du monde. Les industries culturelles génèrent des milliards de dollars et emploient des millions de personnes. Elles ne sont plus un secteur marginal : elles sont un moteur de croissance. » Il insiste sur la nécessité de : faciliter la circulation des œuvres et des artistes; protéger les droits d’auteur ; soutenir la production locale et investir dans des infrastructures culturelles modernes . Un message fort à la jeunesse africaine Le moment le plus marquant de son intervention reste l’adresse directe aux jeunes : « Faites de vos racines une force. Faites de votre héritage un tremplin. Refusez l’idée que votre avenir se trouve ailleurs. L’Afrique a besoin de vous, et vous avez besoin de l’Afrique. » ECOFEST est présenté comme le premier grand festival ouest-africain entièrement dédié : à la valorisation des arts , à la promotion des cultures locales , à la transmission du patrimoine immatériel , au développement des industries créatives, à l’intégration culturelle régionale . Une ambition géopolitique assumée Dans un contexte où la sous-région est traversée par : des transitions politiques , des coups d’État , une montée du scepticisme envers les organisations régionales et des tensions sécuritaires ECOFEST se veut une réponse douce mais puissante : rappeler que la culture peut faire ce que la politique échoue parfois à accomplir.
ECOFEST 2025 : un tournant pour la diplomatie culturelle de la région Cette première édition marque un précédent : Une alliance CEDEAO–UEMOA–État du Sénégal autour d’un projet culturel majeur Une reconnaissance officielle du rôle stratégique des industries créatives Une réponse symbolique aux fractures politiques régionales. Un espace de dialogue ouvert aux jeunes, aux artistes, aux penseurs. ECOFEST devient ainsi à la fois un festival, une plateforme de réflexion, un outil diplomatique, et un laboratoire d’avenir. La cérémonie d’ouverture de l’ECOFEST 2025 aura été celle d’un réveil, d’une prise de conscience, d’une célébration. À travers les mots du Premier ministre Ousmane Sonko et l’énergie des artistes présents, une idée s’est imposée : La culture est peut-être le langage le plus puissant que possède l’Afrique de l’Ouest pour se réinventer.
Fatou Ba











