Hommage à une voix éternelle : Tidiane Hanne, l’écho d’une conscience culturelle réveillée

À la Place du Souvenir Africain, un fils rallume la flamme d’un combat pour la dignité des langues et de l’identité sénégalaise

En ce samedi 28 mars 2026, la Place du Souvenir Africain a vibré d’une émotion rare, dense, presque palpable. Sous un ciel dakarois baigné de lumière, intellectuels, journalistes, étudiants, figures culturelles et anonymes se sont réunis pour honorer la mémoire de feu El Hadji Tidiane Hanne, figure majeure de la radio sénégalaise et défenseur infatigable des langues nationales.

Cet hommage national, initié avec une détermination remarquable par son fils Eliman Hanne, résidant au Canada, n’était pas qu’une simple commémoration. Il s’agissait d’un acte de mémoire, de transmission, mais surtout d’un réveil collectif face à l’oubli. Une mémoire ressuscitée par le devoir filial. À seulement 10 ans, Eliman perdait son père. Vingt-cinq ans plus tard, mû par une quête intime et une conscience historique grandissante, il décide de faire revivre l’héritage paternel. Sans soutien institutionnel, financé sur ses propres économies, il orchestre cet événement d’envergure, comme un acte d’amour filial mais aussi comme un geste citoyen. Dans une atmosphère empreinte de recueillement, les témoignages se sont succédé, rappelant tous l’urgence de ne pas laisser s’effacer une telle figure. Une immersion dans l’œuvre d’un pionnier. Moment fort de la cérémonie : la projection d’un documentaire retraçant la vie et l’œuvre de Tidiane Hanne. À travers des archives rares, des extraits radiophoniques et des témoignages poignants, le public a redécouvert une voix singulière, une présence marquante. Journaliste à la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise, il fut bien plus qu’un animateur : un éducateur populaire, un passeur de savoirs, un militant culturel. Surnommé « l’art du verbe », Tidiane Hanne s’était donné pour mission de réhabiliter la langue pulaar et, au-delà, de défendre la dignité de toutes les langues africaines. Le Pulaagu comme socle de dignité. Une intervention magistrale sur le Pulaagu , ce code de valeurs peu fondé sur l’honneur, la retenue, la dignité et la sagesse , a marqué les esprits. Elle a permis de contextualiser le combat de Tidiane Hanne dans une philosophie plus large : celle d’un enracinement culturel assumé comme levier de développement. Pour lui, parler sa langue n’était pas un acte anodin, mais un acte politique, un acte de souveraineté. Un panel d’intellectuels pour penser l’héritage. Le panel intellectuel a réuni chercheurs et acteurs culturels autour d’une réflexion profonde . Les échanges ont convergé vers une idée centrale : la modernité ne doit pas être synonyme d’aliénation culturelle. Bien au contraire, elle offre aujourd’hui des outils puissants pour traduire, diffuser et valoriser les langues nationales à une échelle inédite.« Les langues sont d’égale dignité »
Le moment le plus marquant reste sans doute le témoignage vibrant de son oncle, Amadou Kane Diallo , il a retracé le parcours d’un homme debout, fidèle à ses convictions. « Un jour, à la RTS, on lui a demandé pourquoi il parlait en pulaar. Il a répondu : “Toutes les langues sont d’égale dignité. Si c’est interdit, il faut me renvoyer.” Mais il n’a jamais cédé. »
Un récit qui illustre la force de caractère de Tidiane Hanne, mais aussi son courage face aux pressions institutionnelles. Un homme d’action, pas seulement de parole. Au-delà de ses discours, Tidiane Hanne incarnait ses idées. Originaire de Gamadji, il fut parmi les premiers à y construire une maison en dur, affirmant ainsi son attachement au terroir.« Il ne faisait pas qu’indiquer la voie, il la pratiquait », insiste son oncle. Cette cohérence entre pensée et action fait aujourd’hui de lui une référence morale autant qu’intellectuelle. Bien avant que le concept ne devienne tendance, Tidiane Hanne défendait une forme de souverainisme culturel. Pour lui, le développement économique ne pouvait être durable sans un socle culturel solide. Dans une résonance frappante avec les discours contemporains, son combat trouve aujourd’hui un écho particulier, notamment dans les politiques publiques visant à promouvoir les langues nationales. Un héritage qui interpelle l’État.Plusieurs intervenants ont appelé à une reconnaissance officielle de l’État sénégalais. À l’image de grandes figures Tidiane Hanne mérite, selon eux, une réhabilitation institutionnelle. Nom d’un centre culturel, ou d’un espace public : les propositions fusent pour inscrire durablement son nom dans la mémoire nationale. Un livret d’hommages pour transmettre. Autre moment fort : la présentation et la vente d’un livret d’hommages rédigé par son fils. Ce recueil, à la fois intime et documentaire, constitue une archive précieuse pour les générations futures. Il témoigne d’un travail de mémoire rigoureux, nourri de recherches, de témoignages et d’une profonde admiration filiale. Une leçon pour la jeunesse. Au-delà de l’hommage, c’est un message fort qui a été adressé à la jeunesse sénégalaise : croire en soi, s’ancrer dans ses valeurs, assumer son identité. Dans un monde globalisé, où les repères semblent parfois vaciller, l’exemple de Tidiane Hanne apparaît comme une boussole.

Fatou Ba

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