Dakar, 14 mars 2026 (38e Numéro) – Au sommet de l’État sénégalais, les signes d’un malaise deviennent de plus en plus visibles entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son Premier ministre, Ousmane Sonko. Les deux hommes sont pourtant issus du même creuset politique, celui du parti PASTEF. Ils ont partagé les mêmes combats, les mêmes tribunes et les mêmes épreuves avant d’accéder au pouvoir. Mais aujourd’hui, l’image d’un tandem soudé semble se fissurer.
Depuis quelques semaines, les déclarations indirectes, les attaques par lieutenants interposés et les insinuations à peine voilées laissent apparaître une fracture. Les proches du Premier ministre multiplient les critiques contre le chef de l’État. En retour, les soutiens du président, regroupés notamment au sein de la Coalition Diomaye Président, montent également au créneau pour défendre leur leader. Résultat : chacun campe dans son camp et l’atmosphère politique se tend.
Dans ce climat, la cohabitation au sommet de l’État devient délicate. Le palais présidentiel et la Primature semblent fonctionner comme deux centres de pouvoir qui s’observent et parfois se défient. La situation rappelle que l’histoire politique du Sénégal a déjà connu ce type de tensions entre un président et son Premier ministre.
Le premier précédent remonte aux premières années de l’indépendance. Les relations entre Léopold Sédar Senghor et son chef du gouvernement Mamadou Dia avaient fini par se briser dans une crise majeure en 1962. Mamadou Dia sera finalement arrêté et emprisonné après l’épreuve de force avec le président Senghor.
Plus tard, sous Abdou Diouf, les relations avec son Premier ministre Habib Thiam ont parfois connu des moments de crispation, même si les deux hommes sont restés liés par une longue complicité politique.
La rupture la plus spectaculaire interviendra sous Abdoulaye Wade avec son Premier ministre Idrissa Seck. Leur affrontement politique se terminera brutalement par l’arrestation et l’emprisonnement de ce dernier.
Quelques années plus tard, le même président Wade entrera également en conflit avec un autre Premier ministre devenu par la suite chef de l’État : Macky Sall. Là encore, la proximité politique initiale n’a pas empêché la rupture.
Ces précédents rappellent une réalité constante dans la vie politique sénégalaise : la cohabitation entre un président et un Premier ministre peut rapidement devenir un exercice périlleux lorsque les ambitions, les visions ou les entourages politiques s’entrechoquent.
Aujourd’hui, la relation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko semble s’inscrire dans cette même dynamique. Les deux hommes restent officiellement camarades au sein de PASTEF. Mais sur le terrain politique, les lignes de fracture apparaissent de plus en plus clairement.
Pourtant, l’histoire n’est pas encore écrite. Deux chemins se dessinent. Le premier serait celui de l’apaisement : les deux leaders pourraient décider de fumer le calumet de la paix, de resserrer les rangs et de remettre en avant leur fraternité politique. Une telle réconciliation serait sans doute bénéfique pour la stabilité institutionnelle et pour les réformes attendues par les Sénégalais.
Le second chemin serait celui de la rupture. Si les tensions continuent de s’aggraver, une séparation politique pourrait devenir inévitable. Dans ce cas, chacun poursuivrait sa route avec son propre camp, au risque de fragiliser l’équilibre politique actuel.
Au fond, la question dépasse les deux hommes. Elle touche à l’intérêt supérieur de la nation. Les Sénégalais qui les ont portés au pouvoir attendent des résultats, des réformes et une gouvernance efficace.
Dans cette équation, la camaraderie politique peut être une force. Mais lorsque la confiance se fissure, l’histoire montre que la cohabitation devient rarement durable. Et souvent, elle se termine par une rupture.
Reste à savoir si le duo Diomaye-Sonko choisira la voie de la réconciliation… ou celle, déjà empruntée dans le passé, de la séparation.
Boubacar Kambel Dieng
BKD…











