Dakar, 27 février 2026 (36e Numéro) – Ces derniers jours, j’ai séjourné hors du pays. Loin du tumulte quotidien, j’avais du temps. Du temps pour m’asseoir, zapper, observer. Et surtout regarder, avec un œil froid, ce qui se dit sur nos télévisions en ligne, ces web TV devenues incontournables au Sénégal.
Ce que j’ai vu m’a profondément interpellé. Et, je l’avoue, j’ai eu honte.
Honte de voir certains plateaux transformés en tribunaux populaires. Honte d’entendre des contre-vérités assénées avec assurance. Honte de constater que des animateurs, des co-animateurs, parfois même des confrères, interviennent sans base légale, sans rigueur, sans vérification. On attaque des citoyens paisibles. On lance des accusations graves. On avance des affirmations sans preuve. Et, parfois, dans la même émission, on donne un avis… puis son contraire.
Le plus troublant, c’est que ces dérives ne sont pas isolées. Presque partout, le traitement est tendancieux. Les débats semblent orientés. Les analyses ressemblent à des positions préétablies. À certains moments, on a même l’impression d’assister à des séances de théâtre ou de comédie plutôt qu’à un véritable espace d’information et de réflexion.
Pourtant, le débat est nécessaire. La liberté d’expression est une conquête précieuse. Mais la liberté ne signifie pas l’absence de règles. Elle ne peut pas se transformer en anarchie médiatique.
C’est pourquoi la question de la régulation devient incontournable. Réguler ne veut pas dire museler. Réguler, c’est fixer un cadre. C’est rappeler la responsabilité éditoriale. C’est exiger la vérification des faits. C’est protéger les citoyens contre la diffamation et les accusations gratuites. Un média, qu’il soit traditionnel ou en ligne, reste un média, avec des devoirs.
Cependant, la responsabilité ne repose pas uniquement sur les autorités. Elle est aussi collective. Où sont les intellectuels, les universitaires, les sachants ? Beaucoup ont déserté ces plateaux. Peut-être par lassitude. Peut-être pour ne pas cautionner certaines pratiques. Mais leur absence laisse le champ libre aux approximations et aux excès.
Le numérique est une chance pour le Sénégal. Les web TV ont élargi l’espace public. Elles ont donné la parole à de nouvelles voix. Mais sans exigence, sans cadre et sans hauteur, cette liberté peut se retourner contre nous et fragiliser la crédibilité même de l’information.
Ce séjour à l’étranger m’a permis de regarder notre paysage médiatique avec distance. Et ce regard m’a convaincu d’une chose : il est temps de remettre les choses à leur place.
Pour la crédibilité des médias. Pour la protection des citoyens. Et pour l’image de notre pays.
Boubacar Kambel DIENG
BKD…










