Une exposition immersive, sensible et engagée qui ressuscite l’âme du coton sénégalais et appelle à une renaissance industrielle et culturelle
Le Musée des civilisations noires de Dakar s’est transformé, ce 22 novembre, en un véritable sanctuaire de textures, de motifs et de récits enracinés dans les profondeurs de l’histoire sénégalaise. Sous la direction artistique et la vision affirmée de la créatrice et promotrice textile Ramatoulaye Sissoko, l’exposition consacrée au Malikane , ce coton traditionnel emblématique mais longtemps délaissé , s’est révélée être bien plus qu’une simple exposition de pièces textiles. C’est un voyage, une revendication, un plaidoyer et, surtout, une renaissance.
« Le Malikane, j’ai vu qu’en apprenant, c’était la matière qu’on nous offrait beaucoup plus. J’ai appris à l’aimer, à le pratiquer, donc j’ai vu beaucoup de bonnes choses. C’est plus que du coton. » Ces mots de Ramatoulaye Sissoko, prononcés lors de la visite inaugurale, ont donné le ton. L’exposition n’est pas un simple hommage : elle est une réconciliation avec une matière que les Sénégalais ont parfois oubliée, alors même qu’elle a accompagné les gestes les plus intimes, les cérémonies les plus profondes, les héritages les plus anciens.
Durant plusieurs heures, les visiteurs ont été invités à traverser une série d’œuvres ou le Malikane prend vie, se déploie, se raconte et témoigne. On y découvre des pièces rares, des vêtements magistraux, une robe de mariée tissée intégralement de Malikane, des installations immersives, L’un des fils conducteurs de cette exposition est la capacité du Malikane à transporter le visiteur. Chaque pièce, chaque mannequin devient récit, mémoire, souffle ancestral. « On voyage à travers l’exposition, et c’est le but ! Quand on raconte une histoire, on aimerait voir les gens voyager à travers nos narrations. Si c’est réussi, alors certaines choses se réveillent en nous. On a été bercés par des valeurs. En grandissant, revenir un peu en arrière apaisé, réconcilié et nous motive à aller de l’avant », explique Ramatoulaye Sissoko. Ici, le textile devient langage, la matière devient symbole, et les visiteurs, habités par les récits, parcourent un véritable itinéraire sensoriel et culturel.
Pour comprendre la portée de cette exposition, il faut remonter aux racines mêmes du Malikane. Le terme désigne un tissu de coton filé et tissé traditionnellement dans plusieurs régions du Sénégal, notamment dans le bassin arachidier et dans des zones agricoles où la culture du coton constitue un pilier économique et social. Longtemps, le Malikane fut considéré comme un tissu noble, utilisé pour des vêtements de cérémonie, des pagnes, des tenues de mariage, des cadeaux de prestige. Il portait en lui une forme de fierté culturelle. Mais avec la mondialisation, l’introduction massive de textiles importés, l’effondrement de certaines filières agricoles et l’industrialisation rapide du prêt-à-porter, le Malikane a progressivement disparu des maisons, des marchés, et même de l’imaginaire collectif. Au-delà de l’esthétique, l’exposition est un manifeste. Ramatoulaye Sissoko plaide pour la relance d’une véritable filière : plus d’usines, plus de valorisation locale, plus de soutien aux cultivateurs.
Fatou Ba













