(Dakar, 22 février 2026) – Sur le plateau de l’émission Point de vue, diffusée par la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise, Aly Ngouille Ndiaye a déroulé une parole dense, structurée, parfois critique, mais toujours posée. Le président du PSD Njariñe et maire de Linguère n’a éludé aucun sujet sensible : université, justice, économie, diplomatie, avenir politique. Une intervention à la fois analytique et prospective.
L’université, miroir des fragilités nationales
Sujet d’actualité abordé : la crise à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Pour lui, le temps n’est plus aux postures mais aux décisions concrètes. Il estime que le Conseil académique doit rouvrir le campus social et rétablir les amicales, cadres essentiels de régulation et de dialogue.
Mais rouvrir ne suffit pas. Il insiste sur l’urgence de sécuriser les infrastructures : issues de secours obstruées, dispositifs anti-incendie à vérifier, normes à respecter. La crise, dit-il en substance, n’est pas seulement politique ; elle est aussi organisationnelle.
Puis vient le cœur de son argument : la pacification. Rencontrer les étudiants. Écouter. Discuter. Situer les responsabilités. Et surtout réformer en tenant compte d’un fait incontournable : l’explosion démographique universitaire. L’enseignement supérieur, rappelle-t-il, doit être considéré comme un investissement stratégique. Sans stabilité du calendrier académique, sans visibilité sur le début et la fin des années universitaires, aucun système ne peut produire de l’excellence. Le capital humain se construit dans un climat apaisé.
Justice et débat sociétal : refuser les raccourcis
Sur la question de la criminalisation de l’homosexualité, Aly Ngouille Ndiaye adopte une posture pragmatique. Selon lui, durcir la loi ne règle pas mécaniquement un phénomène social. Il cite en exemple la persistance du viol, du vol de bétail ou du trafic de drogue malgré leur pénalisation.
Avec environ 500 magistrats pour 18 millions d’habitants, la question n’est pas seulement normative, mais structurelle. La réponse doit être globale.
Dans le même registre judiciaire, il a salué la possibilité offerte au député Farba Ngom d’exercer ses droits devant la justice. Les magistrats, rappelle-t-il, statueront en toute indépendance. L’État de droit, à ses yeux, se mesure à la capacité d’appliquer la loi sans passion.
Parlement et vitalité démocratique
Autre séquence marquante : son appréciation du rôle du Premier ministre Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale. Il salue sa présence régulière pour défendre son plan de relance économique, accepter la contradiction et nourrir le débat.
Pour Aly Ngouille Ndiaye, cette pratique renforce la culture démocratique. Il évoque les traditions parlementaires du Royaume-Uni et des États-Unis, où l’exécutif assume frontalement l’échange avec les représentants du peuple. Une démocratie vivante suppose des confrontations argumentées.
Dette publique et exigence de clarté
Sur le terrain économique, le ton se fait plus prudent. Le Sénégal, rappelle-t-il, a contracté d’importantes dettes et les agences de notation ont revu leurs appréciations à la baisse. L’endettement n’est pas en soi condamnable, mais il doit respecter des équilibres stricts.
Emprunter pour financer des charges courantes constitue, selon lui, un signal d’alerte. À propos des discussions avec le Fonds monétaire international (FMI), il ne soupçonne pas de blocage délibéré, mais réclame davantage de transparence sur les conditions négociées.
Un principe guide son raisonnement : un gouvernement qui multiplie les crédits peut laisser à un autre la charge du remboursement. La responsabilité intergénérationnelle doit rester centrale.
Diplomatie : la carte Macky Sall
Interrogé sur une éventuelle candidature internationale de l’ancien président Macky Sall, il reste mesuré. Rien d’officiel, dit-il. Mais si la candidature se confirme, le Sénégal gagnerait à la soutenir.
Il nuance toutefois : les équilibres diplomatiques, notamment ceux des membres permanents du Conseil de sécurité, pèsent lourdement dans ce type de processus. La décision finale relève du chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye.
Cap politique : clarification personnelle
Enfin, sur son avenir, le maire de Linguère tranche net : pas de troisième mandat municipal. Il estime que les cycles doivent se renouveler.
Quant à la présidentielle, le PSD Njariñe, désormais en règle sur le plan administratif, poursuit sa structuration. Un profil sera dégagé. Pas nécessairement le sien. Le message est clair : l’ambition politique doit s’inscrire dans une stratégie collective, non dans une trajectoire personnelle.
Au terme de l’entretien, une ligne directrice se dessine : recherche d’apaisement, exigence de transparence, attachement aux institutions et prudence économique. Une parole qui se veut à la fois critique et responsable, inscrite dans une vision de long terme.
Boubacar Kambel DIENG
BKD…











